Les personnages du rugby français : Sébastien Chabal, la gueule de l'emploi

  • Les personnages du rugby français : Sébastien Chabal, la gueule de l'emploi
    Les personnages du rugby français : Sébastien Chabal, la gueule de l'emploi Midi Olympique / Midi Olympique
Publié le / Mis à jour le

Sébastien Chabal, aujourd'hui homme de médias mais aussi de communication, a vu sa carrière basculer en juin 2007, lors d'une tournée où les Bleus n'avaient rien à gagner. Elle lui a offerte une deuxième partie de carrière inattendue.

C'est toute la fantaisie du rugby français. Etre capable de préparer une Coupe du monde en France en partant en Nouvelle-Zélande sans ses meilleurs joueurs. Résumer cette situation paraît ubuesque mais fut pourtant bien réelle. C'est ainsi que les Bleus se sont envolés en Nouvelle-Zélande en juin 2007 avec un groupe inédit, hétérogène, pour ne pas dire envoyé à l'abattoir. Sur le quinze de départ aligné par Bernard Laporte lors du second test à Wellington, un seul joueur avait la chance d'affronter et de battre ces mêmes All Blacks quelques mois plus tard à Cardiff, en quart de finale de la Coupe du monde : Sébastien Chabal. A Wellington, il était le numéro huit d'une équipe de France à l'agonie, pulvérisée 61 à 10, bien contente de rentrer au pays après une défaite inaugurale à Auckland une semaine plus tôt (42-11). Avant même de s'envoler pour la Nouvelle-Zélande, Bernard Laporte savait qu'il serait difficile de travailler sur cette tournée. Il y aurait certainement tout à jeter, ou si peu à garder, tant est si bien que Raphaël Ibanez avait été préservé, débutant les deux rencontres sur le banc des remplaçants.

Sebastien CHABAL - 13.11.2010 u00d0 France / Fidji u00d0 Test match - Nantes
Sebastien CHABAL - 13.11.2010 u00d0 France / Fidji u00d0 Test match - Nantes - Romain Perrocheau / Icon Sport

Mais le destin se cache parfois dans des petits signes. Avant de reprendre l'avion pour la France, les Français s'étaient offerts une petite balade sur la baie. Un peu de tourisme pour au moins repartir avec quelques souvenirs, pour avoir à raconter autre chose que les déculottées reçues sur le terrain. « Là, on marchait tranquillement, quand on a vu les Néo-Zélandais venir féliciter Sébastien Chabal. Ils s'arrêtaient pour l'applaudir, l'acclamer. » Jacques Brunel, alors adjoint de Laporte, est soufflé. «Les Néo-Zélandais lui montraient tout leur respect alors que nous venions de subir deux lourdes défaites. C'était fou. » Il faut dire que l'ancien berjallien avait électrisé Chris Masoe à Auckland avant de casser la mâchoire à Ali Williams qui n'était pourtant pas connu pour être un tendre. Les images avaient autant impressionné en Nouvelle-Zélande qu'en France. Au cours de cette dernière balade néo-zélandaise, Jacques Brunel en est convaincu : Chabal doit faire partie du groupe pour la Coupe du monde : « J'ai dit à Bernard. Il a impressionné les Néo-Zélandais chez eux. Ce n'est pas rien. Nous devrons affronter les All Blacks à la Coupe du monde si nous voulons être champions du monde. Il peut être un atout psychologique à ce moment-là. » De son côté, l'actuel président de la Fédération avait déjà fait son choix. Elvis Vermeulen (blessé et finalement remplacé par Thierry Dusautoir), Imanol Harinordoquy, et Julien Bonnaire se disputeraient le numéro huit lors de la Coupe du monde. Chabal était recalé en raison d'une VMA (Vitesse Maximale Aérobie) jugée insuffisante pour le niveau international. La VMA de Chabal a d'ailleurs été une série à rebondissement pendant toute la carrière du joueur. « Et s'il joue deuxième ligne » avait répondu Brunel au sélectionneur. Bernard Laporte accepta la proposition.

Joie de Sebatien CHABAL - 06.10.2007 - France / Nouvelle Zelande- 1/4 de Finale de Coupe du Monde - Cardiff
Photo
Joie de Sebatien CHABAL - 06.10.2007 - France / Nouvelle Zelande- 1/4 de Finale de Coupe du Monde - Cardiff Photo - Philippe Perusseau / Icon Sport

Quelques semaines plus tard, la Chabalmania battait son plein. Les images d'Auckland et Wellington avait fait boule de neige sur internet. Sa gueule avait fait le reste. L'organisation d'une Coupe du monde en France avaient attiré les médias grand public dans les salles de presse du CNR de Marcoussis. Au cœur de l'été 2007, il n'était pas rare de trouver un journaliste de Gala, un autre de Modes et travaux ou encore de Télé 7 jours. Ce qui donnait lieu souvent à des entrevues loufoques où un joueur devait répondre sur le système des Bleus sur les relances de jeu dans leurs quarante mètres avant d'enchaîner sur sa recette préférée de tarte au citron. Dans ce brouhaha général, Sébastien Chabal était celui que tout le monde reconnaissait, que les médias, peu au fait de l'actualité rugbystique, s'arrachaient pour être biens certains de ne pas se tromper de client, tant ils auraient eu du mal à faire la différence entre Jean-Baptiste Elissalde et Pierre Mignoni. Sébastien Chabal avait-il pressenti le phénomène, lui qui avait radicalement changé de look depuis le début de sa carrière ? Il eut la bonne idée de s'assurer les services d'une attachée de presse personnelle bien avant le début de la préparation du mondial 2007, ce qui était alors rarissime et lui permis aussi de toucher le grand public bien avant ces petits camarades. Ce souci de plaire au-delà des frontières de l'ovalie lui sera plus tard reprocher par le gens du sérail mais Sébastien Chabal l'avait quitté depuis bien longtemps, devenant pendant la Coupe du monde 2007 une des personnalités préférées des Français, sollicitée bien sûr pour vendre des produits divers et variés mais aussi pour soutenir moult associations à commencer par les Restos du cœur. Il était devenu le barbu le plus célèbre de France. Il avait pourtant connu sa première sélection sept ans plus tôt, porté le maillot bleu 28 fois avant août 2007, déjà disputé une Coupe du monde quatre ans plus tôt, remporté le championnat d'Angleterre, mais cela n'avait plus d'importance. Sa VMA mais aussi sa faculté à laisser échapper un ballon facilement, alimentant les débats des puristes n'avaient plus lieu d'être avec la Chabalmania. Il devenait une rock star du ballon ovale pendant la deuxième partie de sa carrière, permettant au Racing 92 de remplir le vieux stade de Colombes ou encore au jeune projet lyonnais de trouver un public dans une ville où le ballon rond était roi. Chabal, c'était l'assurance d'attirer le chaland tout en préservant l'initié car, malgré des lacunes techniques, il était un perforateur capable de dynamiter n'importe quelle défense. Alors, si le débat a persisté sur sa présence en Bleu malgré sa côte de popularité, avant d'être finalement écarté du groupe France avant la Coupe du monde 2011, Sébastien Chabal (62 sélections) peut laisser blanchir sa barbe sans crainte. Le joueur a rempli des stades et son personnage a aujourd'hui dépassé le joueur.

15 November 2017; France 2023 Leader and Bid Ambassador Sebastien Chabal prior to the Rugby World Cup 2023 host union announcement at the Royal Garden Hotel, London, England. Photo by Brendan Moran/Sportsfile / Icon Sport *** Local Caption ***
15 November 2017; France 2023 Leader and Bid Ambassador Sebastien Chabal prior to the Rugby World Cup 2023 host union announcement at the Royal Garden Hotel, London, England. Photo by Brendan Moran/Sportsfile / Icon Sport *** Local Caption *** - Sportsfile / Icon Sport

Voir les commentaires
Réagir