Etzebeth : « Je rêvais de devenir catcheur professionnel »

  • Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse.
    Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse.
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C’est au crépuscule du dernier Mondial que le Springbok a débarqué sur la Rade. Auteur de deux essais en seulement cinq matchs de Top 14, le champion du monde a déjà marqué les esprits dans l’Hexagone. Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse. C’est à vous, Eben...

Vous avez passé toute la durée du confinement en Afrique du Sud. Pour quelle raison ?

Pour moi, la chose la plus importante était d’être auprès des miens, au Cap. On traversait tous un moment difficile, nous avions besoin les uns des autres.

Comment avez-vous vécu cette étrange période ?

De façon plutôt sereine, à vrai dire. Juste avant que le confinement ne débute, j’ai contacté le préparateur physique des Stormers, Stephan Du Toit. Il m’a concocté des séances à base de musculation, de cardio, de wattbike et de natation… Je n’ai pas eu le temps de faire du gras, quoi ! Tôt ou tard, je savais que la saison reprendrait. Je me devais d’être prêt, lorsque Toulon m’appellerait.

Quelle est la situation en Afrique du Sud ? Le pays est-il très touché par l’épidémie de coronavirus ?

La situation n’est pas bonne. L’hiver vient de frapper le pays et, récemment, les cas de covid-19 ont beaucoup augmenté.

Qu’en est-il dans les townships ?

C’est encore plus difficile pour eux, comme vous pouvez l’imaginer. Le ralentissement du commerce a touché principalement ces gens-là, qui ne peuvent pas aller travailler. […] Il faudra du temps à l’Afrique du Sud pour se sortir de cette catastrophe économique. Mais nous y parviendrons. Nous reviendrons meilleurs. Et plus forts.

Quelles étaient les règles exactes du confinement en Afrique du Sud ?

Cela ressemblait à ce que vous avez connu en France, à vrai dire. Nous avions besoin d’un papier du gouvernement pour faire nos courses, sortir de chez nous, aller chez le docteur… Pour les gens qui souhaitaient faire du sport, il fallait le faire entre 18 et 21 heures. Aujourd’hui, il existe encore des restrictions (un couvre-feu de 21 heures à 4 heures du matin, N.D.L.R.), notamment au niveau des rassemblements de personnes.

Parlons rugby, à présent. Vous avez, l’an passé, disputé cinq matchs de Top 14 avec le RCT. Qu’avez-vous pensé de ce championnat ?

Je regrette d’avoir joué si peu de matchs. Parce que le Top 14 me plaît. Le niveau est élevé, les collisions parfois spectaculaires… Mais j’ai surtout été conquis par l’ambiance régnant dans tous les stades de la compétition : ils sont pleins, bruyants, passionnés… Tout ça m’a surpris, oui.

Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse.
Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse. - Icon Sport - Icon Sport

Et le stade Mayol ? Quelle impression vous a-t-il laissé ?

Bryan Habana et Duane Vermeulen m’avaient beaucoup parlé de l’ambiance qui régnait à Mayol. Ils m’avaient dit que c’était un lieu extraordinaire pour jouer au rugby et, en ce sens, je n’ai pas été déçu. […] Oui, Toulon est une grande ville de rugby et je suis fier d’en faire aujourd’hui partie.

Le Top 14 est-il vraiment différent du Super Rugby ?

Le Top14 ressemble beaucoup au rugby que nous pratiquons en Afrique du Sud : il y a de sévères contacts, des avants lourds, de grosses mêlées, des mauls pénétrants… Je ne suis donc pas dépaysé, sur ce plan-là.

Quelle équipe de Top 14 vous a-t-elle le plus impressionnée, jusque-là ?

Toulon ! Qui d’autre ?

Vous avez commencé votre carrière internationale aux côtés de deux légendes du rugby toulonnais et international : Bakkies Botha et Victor Matfield. Qu’avez-vous appris à leurs côtés ?

Vous oubliez Andries Bekker (2,08 m et 130 kg), le mec qui me fit le plus progresser aux Stormers (la franchise du Cap). à côté de ces trois joueurs-là, j’ai appris à bien entrer dans un ruck pour repousser l’adversaire, plaquer dur, faire ma place dans un alignement…

Je considère que si je ne jouais pas ce championnat pour le gagner, je me serais trompé de sport. Cette saison, je veux donc remporter le Top 14 et le Challenge européen.

Vous dites souvent : "Je ne suis pas Bakkies Botha." Pourquoi ?

Parce que je ne suis pas Bakkies Botha ! Je suis Eben Etzebeth ! (rires)

Vous trouvez que vous ne lui ressemblez pas ?

Nous sommes différents. Bakkies est un vieux joueur et moi, je suis toujours là. C’est la raison pour laquelle je n’aime pas que l’on me surnomme ainsi. J’ai mon propre nom.

Quelle est votre ambition dans le Var ?

Déjà, je veux retrouver la compétition au plus vite. Cinq mois sans jouer, c’est très long…

Et l’objectif, alors ?

Je considère que si je ne jouais pas ce championnat pour le gagner, je me serais trompé de sport. Cette saison, je veux donc remporter le Top 14, le Challenge européen (le 18 septembre, le RCT affrontera les Scarlets en quarts de finale de cette compétition) et la Champions Cup dans la foulée. Sans ambition, on n’avance pas.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre nouvelle vie en France ?

Sincèrement, je trouve que la vie à Toulon ressemble à celle que j’ai connue des années durant au Cap : un temps superbe - même quand il fait froid dans tous les autres endroits du monde - la proximité avec la mer, des gens sympas et accueillants… J’ai beaucoup de chance.

Quel était votre rêve quand vous étiez enfant ? Pompier ? Policier ?

J’avais deux rêves en fait. Je voulais d’abord devenir un grand Springbok.

Et l’autre ?

J’ai toujours voulu devenir catcheur professionnel. Enfant, je regardais tous ces grands spectacles américains à la télé.

Pourquoi n’avez-vous pas réalisé ce rêve ?

En Afrique du Sud, le catch n’est pas aussi important qu’aux États-Unis. ça n’aurait pas fonctionné… J’ai donc préféré être réaliste et choisir le rugby, dès mes 6 ans.

Quel catcheur était votre idole ?

Dwayne Johnson, "The Rock".

On dit qu’il aime le rugby…

Je ne sais pas. Mais avant d’être un très bon catcheur et un excellent acteur, il a joué au football américain. Vous pouvez m’aider à le rencontrer ? (rires)

On adorerait… Excepté le catch, quelle est votre autre grande passion ?

J’adore les grosses voitures. J’ai vu tous les films "Fast and Furious", par exemple. J’aurais adoré conduire une Formule 1 mais je suis malheureusement beaucoup trop grand pour entrer dans la cabine (il mesure 2, 02 m et pèse 122 kg) ! (rires)

En 2007, au coup de sifflet final, nous avions pris nos scooters avec mon frère, évidemment sans casque (rires). Je nous revois dans la rue, avec notre drapeau arc-en-ciel, à faire n’importe quoi. C’est un souvenir incroyable.

à 28 ans, vous comptez 85 sélections avec les Springboks et quasiment tout autant avec la province des Stormers. Avez-vous déjà connu une grosse blessure dans votre carrière ?

Oui, en décembre 2017. à Cardiff, je courais balle en mains quand un Gallois m’a plaqué assez durement au niveau d’une épaule. Un nerf du cou a été sérieusement endommagé et derrière ça, j’ai passé quelques sales moments : pendant deux mois, je ne pouvais même pas soulever une simple tasse à café…

à vos débuts en Super Rugby, vous avez fait parler de vous pour avoir renversé Bismarck Du Plessis lors d’un match entre les Sharks de Durban et les Stormers. Vous êtes-vous recroisé depuis ?

Oui ! (rires) En décembre dernier, nous avons déjeuné ensemble à Montpellier. Frans Steyn (ancien centre du MHR et des Springboks) s’est approché de nous et a dit : "Vous êtes de nouveau copains tous les deux ?" (rires) Au fil des ans, j’ai appris à connaître Bismarck. Il est même devenu un très bon ami.

En août dernier, soit un mois avant le coup d’envoi du Mondial japonais, vous avez été accusé en Afrique du Sud d’avoir insulté un sans-domicile fixe puis d’avoir pointé une arme à feu sur lui. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Si cette histoire était vraie, je serais aujourd’hui en prison. Ce sont des inepties. Je ne sais pas pourquoi ces gens-là s’en sont pris à moi.

Pouvez-vous développer ?

Tout ça est très bizarre, en fait. Pendant la Coupe du monde, ceux qui m’accusaient voulaient que je revienne au pays pour m’expliquer. Et une fois que la Coupe du monde s’est terminée, je n’ai plus entendu parler de rien. C’est comme si cette histoire n’avait jamais existé, en fait. C’est très étrange.

Pourquoi cette histoire est-elle sortie alors ?

Je ne sais pas quelles sont les motivations des uns et des autres. Mais un jour, je saurai la vérité.

Où en est l’enquête diligentée par la commission des Droits de l’homme à ce sujet ?

Je ne sais pas. Je devrais peut-être poser la question à mon avocat. (il soupire) Quand il se produit un incident comme celui dont on m’accuse, il y a toujours des photos, des vidéos pour en attester. Les gens filment tout avec leurs téléphones de nos jours ! Y a-t-il eu des photos ou des vidéos de moi en train de maltraiter un homme ? Aucune. Parce qu’il ne s’est absolument rien passé.

On vous suit…

J’aime les gens. Je ne fais pas ce genre de choses. Je n’ai pas été éduqué ainsi.

A-t-il été difficile de se concentrer sur la Coupe du monde, après la publication de cette histoire dans la presse sud-africaine ?

Non. Au début de la compétition, Rassie Erasmus (le sélectionneur sud-africain) m’a pris à part et m’a demandé ce qu’il en était réellement. Je lui ai expliqué ma version des faits, il m’a cru et n’est plus jamais revenu dessus. Si j’ai pu disputer le Mondial à peu près normalement, c’est grâce à la confiance qu’il m’a accordée.

Rassie Erasmus était sous chimiothérapie durant la Coupe du monde. étiez-vous au courant ?

Non. Au Japon, il ne m’a rien dit.

Le sentiez-vous faible parfois ?

Non. Il n’a rien laissé paraître. Rassie est un ancien Springbok (il compte 36 sélections au poste de flanker). C’est un homme dur, un homme fort.

Votre physique est également très impressionnant. C’est de famille ?

Mes oncles sont solides, mon père aussi : ils ont d’ailleurs tous joué pour la Western Province dans leur jeunesse. Mais je suis le plus grand.

Avez-vous toujours été comme ça ?

Oh non ! Pour tout vous dire, je jouais même ailier jusqu’à mes 17 ans !

Vraiment ?

Oui. En fait, j’ai connu un énorme pic de croissance à l’âge de 16 ans. Du coup, le coach m’a dit : "On va changer, Eben. Tu vas venir jouer devant."

Étiez-vous d’accord ?

Non, je voulais rester dans la ligne d’attaque. Il m’a fallu quelque temps avant d’apprécier le combat, la mêlée, tous ces trucs-là… Mais j’adore ça, désormais !

Les journalistes sud-africains disent que vous avez le plus gros tour de biceps du circuit international. Est-ce vrai ?

(il se marre) Je suis sûr que certains Fidjiens du Top 14 ont de plus gros bras que moi !

Quel est votre meilleur souvenir de rugbyman ?

Il sera probablement difficile de connaître un jour quelque chose de plus fort que le titre de champion du monde. Il ne peut y avoir mieux. C’est impossible.

Pourquoi ?

Ce titre fut une vraie bouffée d’oxygène pour tout le peuple sud-africain. Après ça, le pays est resté uni pendant des mois. Et ça, c’est une vraie réussite.

Comment ce groupe sud-africain s’était-il construit ?

Dans la douleur, comme toutes les équipes qui gagnent. Il y a cinq ans, en Angleterre, nous avions perdu de seulement deux points notre demi-finale de Coupe du monde face aux All Blacks (18-20). Un an plus tard, nous perdions même en Italie (18-20), une première dans l’histoire des Springboks… Après ça, nous avons dû repartir de zéro, travailler, pour mieux rebondir.

Comment aviez-vous vécu les deux titres précédents, ceux de 1995 et 2007 ?

En 1995, j’avais 3 ans et je ne m’intéressais pas encore au rugby… (rires) En 2007, je me souviens en revanche que nous avions organisé un immense barbecue en famille, sur les coups de 21 heures. Au coup de sifflet final, nous avions pris nos scooters avec mon frère, évidemment sans casque (rires). Je nous revois dans la rue, avec notre drapeau de la nation arc-en-ciel, à faire n’importe quoi. C’est un souvenir incroyable.

Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse.
Pour nous, le plus gros tour de biceps du circuit professionnel revient sur ses grands débuts en championnat, évoque sa découverte de Mayol et parle de ses rêves de gosse.

Malgré votre contrat à Toulon, continuerez-vous à jouer pour les Springboks ?

Si Rassie Erasmus m’aime toujours, bien sûr !

Avez-vous suivi l’équipe de France durant le dernier Tournoi des 6 Nations ?

Oui et j’ai été très impressionné par les performances des Bleus. Pour tout vous dire, je regarde désormais les matchs de l’équipe de France avec un œil nouveau. Charles Ollivon est mon coéquipier et je suis son premier supporter.

Qui est, selon vous, le meilleur deuxième ligne de la planète ? Maro Itoje, Alun-Wyn Jones ou vous ?

Hmmm… Question difficile… Mais si je devais choisir, je choisirais l’un d’entre eux ! (rires)

 

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