Saint-André : « Je suis le paratonnerre de Garbajosa »

  • Philippe SAINT-ANDRE rugby director of Montpellier and Xavier GARBAJOSA head coach of Montpellier   during press conference on June 29, 2020 in Montpellier, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport)
    Philippe SAINT-ANDRE rugby director of Montpellier and Xavier GARBAJOSA head coach of Montpellier during press conference on June 29, 2020 in Montpellier, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport) Icon Sport - Icon Sport
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Pour la première fois depuis sa prise de fonction dans l’Hérault, l’ancien sélectionneur des Bleus et manager de Toulon, Philippe Saint-André, nous livre ses sentiments sur son nouveau club et sa nouvelle fonction. Un début d’histoire avec Montpellier chahutée avec la crise du Covid 19, la garde à vue du président Altrad et les mauvais résultats sportifs du MHR. PSA a du boulot…

Commençons par prendre de vos nouvelles : comment allez-vous après avoir été testé positif au Covid ?

Aujourd’hui, je vais bien. J’ai eu un ou deux jours un peu « patrac » mais ça va mieux et depuis mercredi, quand j’ai été testé négatif, je suis à nouveau opérationnel à 100 %.

Comment avez-vous vécu cette période ?

Je suis resté confiné chez moi, dans ma chambre, et j’ai pu travailler. C’était particulier voire surréaliste de mettre le masque en présence de sa famille, de prendre les repas seul. Mais il y a pire dans la vie.

Avez-vous eu peur d’avoir contaminé le club, staff, joueurs ou votre famille ?

Le jeudi où j’ai été déclaré positif, je n’étais pas le seul dans ce cas en dehors des joueurs qui étaient tous négatifs. Une fois à l’isolement, j’ai pris les précautions d’usage et comme je vous le disais avec ma famille aussi.

Venons-en au rugby. Comment jugez-vous le début de saison ?

On vit une année 2020 vraiment particulière, notamment pour le rugby pro ou même le sport professionnel en général. Le cahier des charges et l’organisation pour la bonne tenue des rencontres est ultra-exigeant quant à la sécurité des joueurs et du public. C’est normal mais cela n’en reste pas moins du jamais vu. Au niveau financier, tous les clubs ou presque travaillent sur des scénarii peu reluisants pour le futur… Souvent, la vérité du jour est remise en cause le lendemain. Je prends l’exemple du MHR : nous avions une jauge à 5 000 personnes lors du premier match mais on nous a demandé de fermer les buvettes et le réceptif trois jours avant la rencontre. Et puis, sur les cinq matchs que l’on devait faire, trois ont été reportés ou annulés… Il faut rester positif mais c’est dur.

Et sur le plan des résultats, on ne peut pas dire que ce soit une réussite pour Montpellier…

On peut même dire que notre début de saison est mauvais. Voir le MHR avant dernier du Top 14, ce n’est pas normal. Nous ne sommes pas à notre place. Il y a des explications, et notamment une défaite à la maison face à Pau avec un essai concédé à la 83e, un manque de rythme dû aussi aux annulations de deux rencontres amicales, mais on ne doit pas se chercher d’excuse. Il faut travailler pour remonter très vite au classement, dès ce week-end à Toulon.

À tel point que le président Mohed Altrad vous a demandé de revenir sur le terrain.

La tête pensante du sportif reste Xavier Garbajosa qui est accompagné de Jean-Baptiste Elissalde et Pierre-Philippe Lafon. Le président m’a juste demandé d’apporter mon aide au staff. Je suis là pour être en appui de Xavier qui, selon moi, a toutes les compétences techniques requises.

Êtes-vous inquiet ?

Quand vous regardez notre début de saison, il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour voir nos lacunes : la discipline et la conquête. Il nous faut monter le curseur au niveau de l’agressivité et de l’engagement. C’est indispensable pour exister en Top 14. Alors oui, je suis allé un peu plus sur le terrain ces derniers temps, particulièrement avant mon test positif, et j’ai pris en main quelques séances dans le travail partagé, mais mon poste reste directeur du rugby. Je le répète, le patron du sportif c’est Xavier Garbajosa.

Saint-André entraîneur, c’est terminé ?

Mon rôle est de soulager le président, qui est très pris par ses activités professionnelles. Il m’a engagé pour passer moins de temps au club. Je travaille main dans la main, avec Jessica Cazanova, la directrice générale du club. Mohed Altrad a énormément donné de son temps à Montpellier, et il n‘a pas reçu grand-chose. À part des coups, trop souvent.

Quel président Mohed Altrad est-il au quotidien ?

Nous sommes encore dans une phase de découverte puisque sur le premier semestre 2020, il y a eu la crise du Covid et le confinement. Sans oublier les élections municipales qui l’ont mobilisé. Ce n’est que depuis cet été que l’on commence à se connaître. C’est quelqu’un qui a une activité incroyable : il est sur le pont 16 à 17 heures par jour avec cette faculté d’analyser et de percuter très vite. Sa réussite professionnelle n’est pas due au hasard. Au MHR, sans être sur le terrain, il sait tout de la vie de groupe.

Est-il aussi atypique que Mourad Boudjellal que vous avez côtoyé au RCT ?

Ils ont chacun leur caractère. À chaque club, son patron. Que ce soit avec Tom Walikinshaw à Gloucester, Pierre Martinet à Bourgoin, ou Mourad Boudjellal à Toulon, tous avaient leur manière de fonctionner. Mais chacun s’engageait à 100 % dans l’aventure. Mohed a aussi une capacité de synthèse et de vision remarquable. Il a souvent un coup d’avance.

Comment l’avez-vous retrouvé après sa garde à vue. On a dit qu’il était découragé, prêt à lâcher le rugby ?

24 heures après sa sortie de son audition, il nous a reçus chez lui, avec Xavier Garbajosa, pendant plus de deux heures. Il nous a raconté ce qu’il lui était arrivé en détail, avant de basculer direct vers autre chose. J’ai eu le sentiment de le voir fermer ce livre et ouvrir à nouveau celui du rugby. Sa pugnacité et sa résilience m’ont marqué. Croyez-moi, il est toujours aussi motivé pour son club. Mohed Altrad a une grosse capacité pour encaisser les coups et rebondir. J’ai été bluffé par sa fraîcheur d’esprit. 90 % des personnes qui auraient vécu pareille mésaventure auraient baissé les bras. Pas lui ! Il veut faire du MHR un club référence dans les résultats mais aussi en termes de formation. J’avoue que ce soir-là, en allant chez lui, je m’attendais à ce qu’il nous dise « Votre sport c’est bien gentil, mais je gère des milliers d’emplois en France et dans le monde, donc je vais passer à autre chose ». Et bien non, il nous a demandé de repartir au plus vite au combat, avec lui !

Selon vous, qu’est-ce qui manque au MHR ? Depuis sa prise de pouvoir, Altrad a mis des moyens colossaux et pourtant chaque année Montpellier est à classer au rang des déceptions ?

Le club reste jeune dans son histoire et n’a pas l’expérience du très haut niveau et de ses matchs couperets comme Toulouse, Clermont ou le Racing. Il doit grandir encore. Ce que nous essayons de faire depuis quelques mois, c’est de le recentrer sur son ADN : la formation. Et puis, il faut de la patience aussi : la hiérarchie du Top 14 ne se bouscule pas facilement. Nous avons un président qui a l’habitude d’avoir des retours sur investissement très rapides dans son business. Mais en rugby, c’est plus long. Un autre élément est à considérer : le MHR est devenu un gros pourvoyeur pour le XV de France ; c’est très bien pour le club, moins pour ses entraîneurs qui doivent travailler sans leurs meilleurs joueurs les semaines avec des matchs internationaux… Nous aurions dû affronter Castres avec toutes nos forces vives. Or, le match a été reporté et s’il doit se jouer en novembre, on sera amputés d’une bonne douzaine de joueurs internationaux. Contrairement aux idées reçues, nous n’avons pas un effectif pléthorique.

Quand on regarde la qualité de votre effectif et de vos recrutements, on se dit que vous vous êtes mis tout seul dans cette situation. On pouvait se douter que des Rattez ou Reinach allaient être concernés pas les sélections ?

Mais en Top 14, il n’y a plus de petites équipes. Le championnat s’est nivelé par le haut sous l’effet de la politique des Jiffs, qui reste formidable pour le XV de France, et du Salary Cap, qui va être à la baisse de 4 % par an pour les quatre prochaines années. Il y a des choses qu’il fallait peut-être anticiper et qui ne l’ont pas été. Ceci dit, je suis d’accord avec vous, le MHR se doit de figurer dans le haut du tableau.

Le problème de Montpellier n’est-il pas d’évoluer dans un trop grand confort ? De bons salaires, d’excellentes conditions de travail, la proximité de la plage et une météo favorable… Au MHR, tout est « quatre étoiles »…

C’est sûr que dans notre sport, il ne faut pas avoir le cul dans le foie gras ou le caviar. Le rugby c’est avant tout combat collectif, solidarité et don de soi ; surtout dans ce Top 14. On travaille énormément, et notamment Xavier (Garbajosa), sur ces notions. On cherche aussi à changer le jeu, on a donné le brassard au jeune Arthur Vincent. Je n’aime pas le dire mais nous sommes dans une période de transition… Pourtant, on se doit de gagner des matchs.

Doit-on être patient avec Xavier Garbajosa, qui semble être sur la sellette ?

Exactement, il faut être patient. Je suis là pour être l’interface entre lui et le président. Xavier est un entraîneur qui possède un talent fou, avec une grosse force de travail et beaucoup de détermination dans ses choix. C’est la bonne personne, j’en suis sûr. Je cherche à l’accompagner, à l’aider, et lui apporter l’expérience de mon grand âge (rires). Le message du président n’était pas du tout de le remettre en cause, plutôt de faire bloc autour de lui. Je me dois d’être son paratonnerre.

Ce week-end, le MHR va défier le RCT à Mayol où vous allez retrouver Parice Collazo que vous avez eu comme joueur…

(Il coupe) J’ai entraîné Patrice à Gloucester. C’est une personne que j’aime énormément. C’est quelqu’un de vrai. Bon c’est aussi une grosse personnalité… Même joueur, il n’était pas simple à gérer. Mais c’est avec plaisir que je vais le croiser. Le RCT a eu l’intelligence et la patience de lui laisser du temps pour qu’il impose sa politique. Il a repris une équipe vieillissante, après avoir décroché plusieurs titres. Pour reconstruire, il s’est appuyé sur le centre de formation et, s’il a connu deux saisons compliquées, il commence à récolter les fruits de son travail. À l’intersaison, il a su être maquignon et a bien recruté. Je crois que les Toulonnais vont faire une bonne saison.

Cette patience n’était-elle pas due au changement de président ? Bernard Lemaître est plus sage que Mourad Boudjellal…

Mourad avait éjecté trois entraîneurs en douze mois, on ne pouvait donc qu’accorder du temps à Patrice. Ceci dit, Bernard Lemaître est arrivé avec un projet foncièrement différent. J’ai été au départ d’une aventure exceptionnelle portée par Mourad et ce qu’on a vécu à Toulon jusqu’au triplé européen n’est pas près de se reproduire : Toulon jouait deux finales par saison ! Désormais, Collazo et Lemaître sont dans une phase de reconstruction : ils s’appuient sur le centre de formation, se dotent de belles structures avec centre d’entraînement qui sort de terre. Ils sortent de la politique des gros salaires, recrutent des joueurs français et veulent faire monter leurs meilleurs jeunes. À Montpellier, nous sommes d’ailleurs un peu dans la même politique.

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